Psychologie de la vente

Comment closer plus de prospects, sans forcer ?

Edward LabruyèreCofondateur, Midcall
7 min de lecture

Vous avez déjà vécu ce call. Le prospect semblait intéressé, vous avez déroulé vos meilleurs arguments, poussé un peu au moment de conclure, et il a demandé un temps de réflexion dont il n'est jamais revenu. Plus vous forcez, moins ça signe, et chaque call devient un peu plus tendu que le précédent.

Closer plus de prospects ne passe pas par plus de pression mais par plus de contrôle, et ce contrôle se construit pendant tout le call, pas dans les cinq dernières minutes. Trois leviers font la différence : une posture qui pilote l'échange au lieu de le subir, un cadrage posé dès les premières minutes, et des questions qui guident le prospect vers sa propre décision au lieu d'arguments qui l'en éloignent.

Pour écrire ce guide, je me suis appuyé sur le travail de Shannen Boutaleb, fondatrice de la SforSales Academy, ancienne top performeuse chez HubSpot et Skello avec 11 millions d'euros closés. Je regarde beaucoup son contenu, sur Instagram comme sur YouTube, et il est excellent. Sa thèse tient en une phrase. Vous n'avez pas besoin d'apprendre à convaincre, vous devez apprendre à comprendre comment votre prospect décide.

Pourquoi vous ne closez pas plus ?

Parce que vous argumentez au moment où il faudrait comprendre. Le réflexe naturel face à un prospect qui hésite est d'ajouter un argument, une fonctionnalité, une remise. Chaque ajout confirme au prospect qu'on cherche à le convaincre, et un cerveau qui se sent poussé se braque. Shannen Boutaleb décrit ce cercle vicieux chez les sales qu'elle forme. Vous forcez davantage, le prospect bloque davantage, votre confiance baisse, et le call suivant se joue avec encore plus de tension.

Le closing forcé produit d'ailleurs un symptôme que vous connaissez, le oui de façade. Le prospect accepte pour sortir de la conversation, puis disparaît. Un accord obtenu sous pression n'est pas une décision, c'est une esquive polie. La sortie du cercle ne passe pas par une meilleure phrase de conclusion mais par un changement de posture sur tout le call.

Qu'est-ce que la posture en vente, et pourquoi décide-t-elle du closing ?

La posture est ce que votre prospect perçoit de vous avant même vos arguments, qui tient le cadre, qui est serein, qui a besoin de cette vente. « La vente révèle toujours votre posture », écrit Shannen Boutaleb. Un sales qui subit réagit aux questions, laisse la discussion avancer sans direction et sent la tension monter dès que l'échange se complique. Un sales qui pilote sait où il va, pose les questions, et peut se permettre de laisser des silences.

La différence s'entend littéralement. La tonalité fait partie des douze blocs de sa formation, parce qu'une voix calme et posée installe l'autorité qu'aucun argument ne rattrape. Et la posture se voit dans un détail contre-intuitif, le sales en contrôle parle moins. Il n'a rien à prouver, il cherche à comprendre. Votre prospect sent parfaitement la différence entre quelqu'un qui a besoin de signer et quelqu'un qui évalue si la collaboration a du sens.

Subir ou piloter le call, les deux postures qu'un prospect perçoit immédiatement

Comment cadrer un call de vente dès les premières minutes ?

En annonçant le cadre avant de commencer, l'objectif du call, son déroulé, et le fait qu'une décision sera posée à la fin. Quelque chose comme ceci. Vous proposez de passer vingt minutes à comprendre la situation du prospect, puis de montrer uniquement ce qui répond à ce qu'il aura décrit, et de finir en décidant ensemble si une suite a du sens, quelle qu'elle soit. Trente secondes qui changent la nature de l'échange, le prospect sait où il va, et c'est vous qui tenez la carte.

Le cadrage évite les deux morts lentes du call de vente. Le rendez-vous qui part dans tous les sens d'abord, où chacun réagit aux questions de l'autre sans direction. Le piège du conseiller gratuit ensuite, que Shannen Boutaleb pointe régulièrement, ce prospect qui repart avec une heure de conseil, un audit offert et aucune raison de vous rappeler. Un cadre posé d'entrée autorise aussi le recadrage en cours de route, il suffit de rappeler ce qui a été convenu ensemble.

Le cadrage inclut enfin un interdit, ne pas sauter à la démo. Montrer le produit avant d'avoir fait verbaliser le problème transforme votre call en visite guidée, et une visite guidée ne se conclut pas, elle se remercie. La trame de découverte existe pour ça.

Comment guider la décision au lieu de convaincre ?

En posant les questions qui font faire le chemin au prospect, plutôt qu'en déroulant les arguments qui le font à sa place. C'est le cœur de la méthode FRAME de Shannen Boutaleb, l'art du questionnement, faire émerger les enjeux réels et laisser le prospect formuler lui-même son problème, son coût et son urgence. Un prospect qui dit lui-même « ça nous coûte deux recrutements par an » est déjà en train de se vendre la solution. Le même chiffre asséné par vous n'aurait produit qu'un hochement de tête poli.

Les acheteurs eux-mêmes le demandent. Dans le State of Sales de LinkedIn, l'écoute active arrive en tête des qualités que les acheteurs attendent d'un sales, citée par 42 % d'entre eux, et LinkedIn mesure aussi l'ampleur de l'illusion, 65 % des sales estiment faire passer l'acheteur d'abord quand seuls 23 % des acheteurs le confirment. LinkedIn relève d'ailleurs que dans un call de vente moyen, le prospect ne parle qu'environ 25 % du temps. Parler moins n'est pas de la timidité, c'est de la stratégie. Chaque minute où le prospect parle est une minute où il s'explique à lui-même pourquoi il doit changer.

Le pitch n'en disparaît pas, il change de forme. Court, tardif, et construit comme une réponse à ce qui a été dit plutôt que comme une présentation générale. Vous reprenez ses mots, ses chiffres, sa situation, et vous montrez uniquement ce qui y répond.

Guider plutôt que convaincre, le prospect fait le chemin par vos questions

Que faire des objections quand on refuse de forcer ?

Les traiter comme des émotions avant de les traiter comme des arguments. Selon Shannen Boutaleb, 80 % des objections cachent une émotion, la peur de se tromper, le doute sur soi ou sur la solution, ou un manque de clarté qui pousse à la prudence. Répondre du tac au tac à la phrase prononcée, c'est donc répondre à côté, et c'est l'erreur qu'elle place en tête de sa liste, répondre trop vite.

Sa méthode CIRC, documentée en clair dans sa newsletter, enchaîne quatre gestes. Creuser d'abord, pour comprendre ce qui se cache derrière les mots. Isoler ensuite, pour vérifier que c'est bien la seule chose qui bloque. Répondre alors seulement, avec une preuve, un recadrage ou un chiffre. Contrôler enfin, pour valider que l'objection est réellement levée avant d'avancer. L'ordre est toute la méthode, la plupart des sales commencent par la troisième étape.

L'objection est un iceberg, la phrase en surface, l'émotion en dessous, peur, doute ou manque de clarté

Pour le mot à mot du cas le plus fréquent, le « c'est trop cher » et ses six visages, nous avons consacré un diagnostic complet à l'objection prix. La logique y est la même, comprendre avant de répondre.

Pourquoi la posture s'effondre-t-elle en plein call, et que faire ?

Parce que le stress ramène les vieux réflexes. Vous pouvez connaître tout ce qui précède et le regarder s'évaporer à la neuvième minute d'un call qui compte, le prospect pousse, vous coupez, vous argumentez, vous parlez trop, vous lâchez un geste commercial que rien n'exigeait. La posture est un muscle qui se construit sur la durée, en formation, en coaching, en revue de calls. Le problème est qu'un call réel ne vous attend pas.

C'est exactement le trou que Midcall vient boucher, pendant le call lui-même. Midcall lit la situation de vente en direct et distingue un écran de fumée d'une vraie objection, précisément le diagnostic que le stress vous fait sauter. Au moment où vous partiriez en argumentation, il vous souffle la question qui creuse, une ligne à la fois, uniquement quand son seuil de confiance est atteint. L'aide s'ajuste à vos fragilités, un sales qui plie sur le prix n'est pas aidé au même endroit qu'un sales qui laisse passer les signaux d'achat. Et le compte rendu scoré de chaque call vous montre où votre posture a tenu et où elle a cédé, ce qui est très exactement la matière d'une bonne revue de calls. La formation construit le muscle, le copilote le tient les jours où ça tremble. Les deux se complètent, et je vous mentirais en prétendant qu'un outil remplace le travail de fond.

Par où commencer dès votre prochain call ?

Par trois gestes qui ne demandent aucune formation préalable. Annoncez le cadre dans les trente premières secondes, objectif, déroulé, décision en fin d'échange. Imposez-vous une question de plus avant chaque réponse à une objection, un simple « qu'est-ce qui vous fait dire ça ? » suffit souvent à changer la suite. Et notez après chaque call les objections reçues avec l'émotion que vous devinez derrière, la peur, le doute ou le flou, votre traitement s'affinera de semaine en semaine.

Le closing lui-même devient alors une formalité plus qu'un exploit, une prochaine étape posée au bon moment, sur un prospect qui a fait le chemin. C'est toute la différence entre conclure une vente et arracher une signature.

Edward, cofondateur de Midcall. Ancien AE, cofondateur de Meteor, agence de prospection B2B. J'écris sur ce qui se passe réellement dans les calls de vente, et sur ce que les meilleures équipes en font.

Questions fréquentes

  • Qu'est-ce que closer sans forcer ?

    C'est obtenir la signature en guidant le prospect vers sa propre décision plutôt qu'en le poussant vers la vôtre. Concrètement, une posture qui pilote l'échange, un cadre annoncé dès le début du call, des questions qui font verbaliser le problème et son coût par le prospect lui-même, et des objections traitées comme des émotions à comprendre avant d'être des arguments à contrer.

  • Comment reprendre le contrôle d'un call quand le prospect mène l'échange ?

    En revenant au cadre plutôt qu'en haussant le ton. Si aucun cadre n'a été posé, posez-le à ce moment-là, proposez un déroulé pour le temps restant et une décision en fin d'échange. S'il avait été annoncé, rappelez simplement ce qui a été convenu ensemble. Le contrôle d'un call ne se prend pas en parlant plus fort, il se prend en redevenant celui qui pose les questions.

  • Pourquoi un prospect dit-il oui puis disparaît-il ?

    Parce que ce oui était une sortie de secours, pas une décision. Un prospect poussé à conclure accepte parfois pour mettre fin à la pression, puis laisse mourir le deal en silence. C'est le symptôme classique du closing forcé. Un accord solide se reconnaît à ce que le prospect a lui-même formulé son problème, son coût et sa raison d'avancer pendant le call.

  • Le closing se joue-t-il vraiment à la fin du call ?

    Non, la fin du call ne fait que révéler ce qui s'est joué avant. Un prospect guidé pendant quarante minutes se conclut en une question posée au bon moment. Un prospect qu'on a noyé d'arguments ne se conclut pas, quelle que soit la technique employée en fin d'échange. Les signaux qui indiquent le bon moment pour conclure sont détaillés dans notre article sur les techniques de closing.

  • La méthode CIRC, c'est quoi ?

    C'est la méthode de traitement des objections développée par Shannen Boutaleb, fondatrice de la SforSales Academy, en quatre étapes. Creuser ce qui se cache derrière l'objection, isoler pour vérifier qu'elle est la seule, répondre avec une preuve ou un recadrage, puis contrôler que l'objection est levée avant d'avancer. Sa force est son ordre, elle interdit de répondre avant d'avoir compris.

Midcall

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